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Une enfance dans un environnement familial modérément musical
Pierre Hasquenoph, né le 22 octobre 1922, à Pantin, est le troisième d’une famille de quatre enfants.
Son enfance est sans histoire, avec un père Henri qui travaille aux Chemins de Fer, et à la SNCF à partir de 1937, et qui va indirectement contribuer à la vocation musicale de son fils. En effet pendant la guerre 1914-1918, Henri Hasquenoph fut affecté aux transmissions à la Tour Eiffel, suite à une luxation du coude qui lui a valu d’être réformé ; il s’en est suivi une passion pour la radio, et les postes radiophoniques qu’il construit lui-même, et lui permettent d’écouter de la musique classique, qu’il aime de plus en plus. Il joue du violon, et s’attache à apprendre à son fils les rudiments de cet instrument.
Le coup de foudre musical…
C’est Pierre Hasquenoph lui-même, lors d’un entretien paru dans le Courrier Musical de France au 2ème trimestre 1980, qui raconte : « vers l’âge de douze ou treize ans, un coup de foudre, en écoutant le Sacre du Printemps de Stravinsky, retransmis à la radio ; mes parents n’ont pas aimé du tout, mais moi, j’étais conquis, je crois que cette impression a joué un rôle décisif pour mon orientation future »
contrarié !
Mais cette passion naissante se trouve néanmoins contrariée par son père, qui l’oblige à commencer des études de médecine ; il obtempère, certainement à contrecœur ; il fait donc une première année de médecine à la faculté de Paris, appelée alors P.C.B. ( Physique-chimie-Biologie). Il est admis sans difficulté à passer en seconde année, mais au cours de stages effectués en hôpital, les travaux pratiques - genre autopsies- le font fuir sans retour ! La médecine n’est pas sa vocation, il abandonne et se tourne résolument vers la musique.
1942 : entrée à l’école César Franck
Pierre Hasquenoph a 20 ans ; il renonce donc à étudier la médecine, et décide, contre la volonté paternelle, d’aller s’inscrire à l’école de musique « César Franck » à Paris, en 1942. Il y reste quatre ans, durant lesquels il apprend l’écriture musicale (harmonie, fugue, contrepoint, composition) que lui enseignent les professeurs Guy de Lioncourt et René Alix, et Marcel Labey pour la direction d’orchestre. Il est passionné par ses études, et obtient ses diplômes d’harmonie et de direction d’orchestre avec mention très bien.
C’est aussi l’école César Franck qui lui permet d’échapper au Service de Travail Obligatoire instauré en septembre 1942 (STO), en le proposant comme joueur de trombone dans l’orchestre des Cadets du Conservatoire, un orchestre créé par Claude Delvincourt alors directeur du Conservatoire National de Musique et d’Art Dramatique (devenu plus tard le CNSM de Paris).
Des débuts de composition pour la paroisse de Lagny sur Marne
La famille Hasquenoph s’était installée à Lagny en 1935.
Dès son entrée à l’école César Franck, Pierre Hasquenoph ne cesse de composer…
Remarqué par le vicaire de Lagny, l’Abbé Kroôn, – très actif pour les jeunes de sa paroisse -, il se voit confier l’illustration musicale de pièces de théatre montées par un groupe de jeunes gens et jeunes filles (c’est là qu’il rencontrera sa future épouse…). Ce seront ses premières compositions qu’il dirige devant un public. Autre activité musicale : le Chanoine Jager lui demande de diriger « La Schola » pour les grandes cérémonies religieuses. C’est sans doute pour cette chorale occasionnelle qu’il harmonise un certain nombre de chants de Noël, notamment le célèbre « Douce nuit, Sainte nuit ».
Et une activité musicale confiée par la mairie de Lagny
Dans le même temps, et pendant la durée de la guerre, la Mairie de Lagny lui a confié la direction de « La Société de Musique Symphonique ». Cela consistait à diriger l’harmonie municipale, en répétitions et aux manifestations officielles. Bon entrainement pour la direction d’orchestre, dont il reçoit la formation à l’école César Franck.
Un acte de bravoure pendant la Libération
Toujours pendant la guerre, il fait partie des Secouristes formés par le Docteur Lévêque, et participe aux évènements de la Libération. On parle de lui, sous une forme élogieuse, dans le bulletin municipal de Lagny de 1963 : « Puissent les nouveaux secouristes (…) s’inspirer (…) d’un Pierre Hasquenoph, désobéissant aux ordres donnés pour aller, au péril de sa vie, crânement, sous le feu et aux yeux de l’ennemi, relever le corps d’une victime, aussi calmement que s’il allait se promener au bord de la Marne… ». Il reçoit en 1951 la médaille commémorative de la guerre 39.45. « Défense passive ».
L’ensemble vocal Marcel Couraud
En 1945, Pierre Hasquenoph est engagé en tant que « basse » dans l’ensemble vocal Marcel Couraud. C’est sa première
activité salariée. Il a participé à de nombreuses tournées organisées par cet ensemble, à l’étranger, en Allemagne et aussi en Angleterre. Deux documents en témoignent : le premier est daté du 5 octobre 1948, un laissez-passer pour des concerts à Vienne et à Innsbruck pour 2 semaines ; et le second du 31 mars 1953 pour une semaine à Londres en tant que « Singer (Couraud Choir) » ; l’ensemble fait aussi une tournée en Italie, et certainement dans d’autres pays européens, et bien sûr en France.
En 1946, il quitte l’école César Franck.
Il se marie le 26 juin 1947 avec Elisabeth Herbin, et il aura quatre enfants.
Premières œuvres vocales…
De janvier 1948 datent ses toutes premières pièces vocales éditées (son opus 1). Ce sont les « Six chansons pour chœur a capella » sur des poèmes de Patrice de la Tour-Du-Pin. La création a lieu à la « Tribune des jeunes compositeurs » du Club d’essai de la RTF, le 6 mars 1949. Lors de ce concert, le compositeur et musicographe Roland-Manuel, bien connu dans le milieu musical, fait une critique très élogieuse de ces chœurs, et est très impressionné par ce jeune compositeur qu’il découvre à cette occasion, et va jusqu’à lui suggérer de présenter une œuvre au concours de la Ville de Paris.
et Première distinction musicale
En 1949, il compose la « Symphonie brève ». Il en termine l’orchestration en août, et peut présenter cette œuvre au concours de la Ville de Paris. Cette année-là, il entre à la SACEM comme « compositeur adhérent »
Le 27 février 1950, à sa grande surprise, il se voit attribuer une Première Mention au Grand Prix Musical de la Ville de Paris.
Cette première récompense va lui ouvrir bien des horizons : le lendemain même de cette nomination, il reçoit une lettre du directeur du Conservatoire National de Musique de Paris, Claude Delvincourt, l’invitant à renter dans la classe de composition, celle de deux compositeurs prestigieux : Darius MILHAUD et Jean RIVIER.
En juillet, il est invité à l’Hôtel LAUZUN par le Conseil Municipal de Paris en l’honneur de sa récompense au Grand Prix Musical.
Les années au Conservatoire
En septembre 1950, -il a 28 ans- Pierre Hasquenoph s’inscrit au Conservatoire, et est admis dans la classe de composition de Darius Milhaud ; une classe que ce dernier dirige en alternance avec Jean Rivier. Darius Milhaud donne ses cours chez lui, à son domicile parisien boulevard de Clichy, dans une ambiance détendue où règne la bonne humeur, ce qui n’empêche pas le sérieux du travail. Il gardera un très bon souvenir de cette période. Il prépare également sa candidature au prestigieux Prix de Rome, mais doit vite déchanter, apprenant que la limite d’âge venait d’être abaissée à 28 ans (il vient d’en avoir 29 !!)
En juin 1951, il obtient un second prix de composition pour un concerto pour hautbois et orchestre – fait très rare pour un élève à la fin de sa première année d’étude !
Cette même année, entre autres œuvres, il écrit son premier ballet d’après un conte des « Histoires comme ça » de R. Kipling : « Le papillon qui tapait du pied » (titre qui me réjouissait beaucoup, ainsi que son argument : récit des aventures du roi Suleiman-bin-Daoud qui a fort à faire avec ses 999 femmes !) Je me souviens d’une musique très colorée, gaie et brillante, très rythmée par des percussions très présentes.
Quand il quitte le conservatoire en juin 1955, il a en chantier plus d’une quinzaine d’œuvres, mais est déçu de ne pas avoir eu de récompense pour clôturer ses études.
Musicien metteur en ondes
A la toute fin de l’année 1954, l’Ensemble Vocal Marcel Couraud est dissolu. Pierre Hasquenoph ne s’en plaint pas, il en avait assez de cette activité…mais qui fait vivre sa famille ! Il a déjà trois enfants ! Il s’engage comme choriste à la RTF. Mais il décide aussi de préparer le Concours de Metteur en Ondes. C’est pour lui une façon d’associer la technique radiophonique – il tient ça de son père, passionné de radio, qui bricole des postes de radio à galène, puis à lampes, pour toute la famille – et la musique sous toutes ses formes.
En septembre 1955, il se lance donc dans ces études avec passion, qu’il prépare pendant quatre mois, tout en suivant les cours de composition chez Darius Milhaud. Il se donne pour objectif d’être le premier au concours, ce qui lui vaudrait de rester sur Paris ; il travaille donc très dur !
De janvier à avril 1956, il passe un certain nombre d’épreuves, d’interros (il a 18/20 à celle de « Prise de Son » ) , et au concours lui-même, il est reçu premier avec 125 points sur 140 ! La petite histoire raconte qu’il a rangé tous ses cours au fond du buffet, et qu’il s’est exclamé : « tu te rends compte, je ne serai plus jamais choriste !!! »
C’est un changement dans la vie de famille : il doit impérativement avoir le téléphone, et une voiture… Un billet de loterie gagnant aurait beaucoup aidé à l’achat de sa première voiture, une « 2CV » !
Il réalise sa première mise en ondes le 9 mai 1956.
En septembre, on lui confie la mise en onde d’un concert de prestige : le « Boston Symphonie Orchestra » dirigé par Charles Munch et Pierre Monteux.
En 1957, il continue ses compositions, ses mises en ondes, il retravaille aussi un peu chez Marcel Couraud.
Le « niveau de vie » s’améliore doucement, puisqu’il commande une « Dauphine ».
Changements et récompenses
En octobre 1958, grande nouvelle : Henri Barraud, alors directeur de la musique à la RTF, lui confie le poste de directeur du « Service Symphonique ». Il fera 4 mois d’essai.
L’année suivante, ses œuvres commencent à être assez connues, et sont jouées à Paris essentiellement : la « Symphonie Brève » aux Concerts Pasdeloup, les « Six Chansons » à Sceaux….
Et c’est l’année des récompenses : en mars, il obtient le Prix du Jury au Concert Référendum des Concerts Pasdeloup pour sa Première Symphonie, écrite l’année précédente.
Et le 8 juin, il obtient le Grand Prix Musical de la Ville de Paris pour sa Quatrième Symphonie, écrite la même année. C’est une grande fierté pour lui d’avoir été reconnu par un jury composé d’éminents compositeurs dont les plus connus sont Jacques Ibert, Francis Poulenc, Georges Auric, Jean Rivier, Darius Milhaud, entre autres.
En octobre, il est nommé officiellement « chef de service des émissions symphoniques de la RTF ». Son travail consiste à choisir les œuvres et les interprètes - orchestre et chef, solistes - qui seront retransmises à la RTF lors de concerts enregistrés.
Chef du Servive Lyrique de la RTF (puis ORTF)
En 1960, pendant l’été, en pleines vacances familiales, Pierre Hasquenoph doit aller d’urgence à Paris, car on lui propose un changement de poste à la RTF. On lui propose à la place de s’occuper du « Service Lyrique » ; il est très contrarié car il dit « détester » l’opéra !!! Mais il doit s’exécuter, bien à contrecœur… La même année, le chef d’orchestre Pierre-Michel Le Conte est nommé chef titulaire permanent de l’orchestre lyrique ; leur collaboration va durer des années, et ils vont devenir de grands amis.
Malgré sa réticence initiale, il prend très à cœur sa fonction de chef du service lyrique, et, petit à petit, il se met à aimer l’opéra… Il y restera 13 ans.
Les années suivantes seront intenses pour toutes les activités qu’il doit assumer : composer plusieurs œuvres simultanément, les remanier, les corriger, les faire éditer, en plus de sa fonction de chef de service lyrique.
Représentant de la France à l’UNESCO.
A partir aussi de 1960, et pendant plusieurs années, il est aussi le représentant de la France pour la radio à l’UNESCO, dans l’optique d’aider les compositeurs contemporains à promouvoir leurs créations.
Le Concerto pour Orchestre
Le 27 mars 1964, il a le grand bonheur de voir jouer son « Concerto pour Orchestre » op 21, en direct à la Maison de la Radio, dirigé par Pierre-Michel Le Conte.
A la suite de cette interprétation, Clarendon – alias Bernard Gavoty- un des critiques les plus influents et d’une grande compétence, fait paraître un article très élogieux dans le Figaro du 31 mars 1964.
Il écrit notamment :
«
Pourquoi ai-je pensé rapidement à une version moderne des Quatre Saisons ? Cependant, l‘ atonalisme de Pierre Hasquenoph bafoue l’évangile tonal de Vivaldi. L’écriture n’y est donc pour rien, mais l’esprit et l’ambiance des 4 mouvements suggèrent une analogie. Le grand choral majestueux joué par les trombones, évoque pour moi l’hiver, « l’intègre hiver qui, de toute chose, ne laisse que l’âme
».
Après les rigueurs de la saison austère, la sève printanière monte dans les « bois », acide et juteuse. Puis, c’est, dans l’Adagio, le foisonnement des épis sous le vent chaud de juillet. Enfin, l’automne où tout se résume et se récolte, l’orgie de la vendange, la ronde autour des antiques pressoirs.
»
Cette critique très imagée n’en fait pas moins oublier à l’auteur la très haute technicité de l’écriture et de conclure :
«
Très difficile d’exécution, en raison de sa grande variété de rythmes, l’œuvre donne, de ce fait, autant de plaisir à l’auditeur que de la peine aux instrumentistes. Il y a là le mélange d’une austérité volontaire et d’un intense lyrisme, une riche, une puissante fermentation annonçant un grand cru.
»
La composition des ballets
En juin 1964, il s’installe à La Maison de la Radio, inaugurée quelques mois plus tôt ; il a son bureau au 6ème étage, dans la tour intérieure.
En 1966, Pierre Hasquenoph termine un second ballet, (après le « Papillon qui tapait du pied ») intitulé « Le Blouson », sur un argument de Dominique Tirmont. Conte très original et moderne (le danseur arrive en moto…) dans un climat mystérieux, étrange et irréel, et très émouvant… Une très belle œuvre dont la création a eu lieu à Metz, le 30 mars 1967, suivie de plusieurs représentations.
En 1968, il termine un autre ballet dont le sujet se situe au Moyen Âge. Celui-ci s’intitule « Et tu auras nom…Tristan » et la musique lui en a été commandée en 1966 par Janine Charrat, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, qui s’est inspiré du roman de Joseph Bédier relatant l’histoire de Tristan et Iseut pour en faire un ballet.
À l’origine, Janine Charrat crée ce ballet en 1964 à l’Opéra de Genève, mais la musique bien « qu’assez belle » ne lui semblait pas assez contemporaine; aussi s’adresse-t-elle à Pierre Hasquenoph pour qu’il écrive une nouvelle partition. Il se met au travail avec enthousiasme dans l’optique d’une création à l’opéra de Genève, mais il ne sait pas que l’œuvre qu’il compose va jouer de malchance… L’œuvre est enfin terminée - ainsi que les décors et les costumes- mais elle n’est malheureusement jamais créée à Genève. Pierre Hasquenoph décide alors d’en faire deux suites d’orchestre tirées de ces deux heures de musique. La première s’intitule « La Cour du roi Marc », et a été jouée en création en 1970 par l’Orchestre Radio Symphonique de Strasbourg, et la deuxième, intitulée « Le Palais de Cristal » a été créée en 1973 par l’Orchestre Philharmonique de l’ORTF à Paris.
Quelques années plus tard, grâce aux démarches de Janine Charrat, P.H. faillit voir monter l’œuvre à l’Opéra de Paris en tant que ballet :
« Janine Charrat a essayé de mettre en place la représentation de ce « Palais », et lorsque Lieberman est arrivé à l’Opéra Garnier en tant que directeur quelques années plus tôt, elle est allée le trouver et lui a proposé l’ouvrage. Liebermann lui a répondu qu’il n’était pas possible de donner à Paris un autre « Tristan » que celui de Wagner… ».
L’immense déception éprouvée Pierre Hasquenoph à l’idée de ne pouvoir faire représenter ce magnifique spectacle chorégraphique à Paris, est à l’origine de sa volonté de ne plus travailler sur une musique de ballet.
Directeur de la Musique de Chambre à l’ORTF
En 1973, il est nommé Directeur de la Musique de Chambre à l’ORTF. Cependant ce fut pour lui une déception de quitter son précédent poste de directeur du Service Lyrique, qu’il avait exercé avec enthousiasme pendant 13 ans.
En 1980, il est élu Président de la Société Nationale de Musique.
La composition des Opéras
Après un opéra-bouffe intitulé « Lucrèce de Padoue » qui est représenté plusieurs fois à Saint-Denis en 1968, Pierre Hasquenoph entreprend un grand opéra tiré de la pièce de Shakespeare « Comme il vous plaira » sur un livret de Francis Didelot, avec en sous-titre : « Féerie lyrique ».
Ce travail va durer 5 ans, puis 7 ans de recherche d’un théatre qui accepte de monter l’œuvre d’une durée de plus de 2h. Elle voit le jour à l’Opéra de Strasbourg le 14 janvier 1982, mais elle a peu de succès auprès d’un public qui n’apprécie guère cette musique, trop contemporaine et trop atonale.
Il en est très affecté, déçu et amer. Il faut savoir que depuis plusieurs années, il est atteint de la maladie de Parkinson, et malgré des traitements efficaces mais lourds à supporter.
Il met fin à ses jours deux mois après ces représentations, le 31 mars 1982.
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